Benoît Collas et Eduardo Calderón vous expliquent les opportunités et enjeux du marché espagnol

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Benoît Collas, Business developer chez Enerfip et Eduardo Calderón, CEO d’Enerfip Iberia vous offrent un panorama des enjeux et des perspectives du financement des EnR en Espagne via l’investissement responsable.

Bannière présentant des opportunités d'investissement responsable dans les énergies renouvelables en Espagne, avec une vue panoramique de la ville et des éléments graphiques évoquant la nature.

Qu’est-ce qui a motivé le choix de l’Espagne comme nouveau marché pour Enerfip ?

Benoit : Pour notre toute première aventure à l’étranger, l’Espagne s’est imposée naturellement. Il y a eu un vrai consensus en interne : c’est un pays proche de Montpellier, avec une culture méditerranéenne qui nous est familière. Mais surtout, le marché des énergies renouvelables y est énorme, avec une dynamique particulièrement intéressante. Et au moment où nous nous lancions, le financement participatif commençait à émerger dans les appels d’offres, ce qui ouvrait de vraies perspectives. Bref, tous les feux étaient au vert.

Quelle est votre vision de l’investissement responsable dans le développement de la transition énergétique en Espagne ?

Eduardo : Il y a clairement un vide à combler et c’est exactement ce que nous faisons avec Enerfip. En Espagne, les porteurs de projets de petite ou moyenne taille sont souvent très actifs sur le développement, mais ils n’ont pas forcément la trésorerie nécessaire pour aller au bout du projet. Le financement bancaire classique, lui, se concentre sur les gros projets, parce qu’ils sont plus rentables. Résultat ? Les petits projets, pourtant essentiels pour la stabilité et la flexibilité du réseau, restent sur le carreau.

L’investissement citoyen permet d’avancer sans attendre la banque. Avant ça n’existait pas vraiment pour les petits projets en Espagne. C’est là que nous intervenons ! Nous apportons rapidement des fonds propres, ce qui permet de lancer les projets plus vite. Et une fois qu’ils sont bien avancés, ils peuvent plus facilement accéder à un financement bancaire long terme, souvent auprès d’acteurs locaux.

Quels sont les principaux défis rencontrés lors du déploiement d’Enerfip à l’international ?

Benoit : Le bon côté, c’est que nous avons rapidement rencontré un CEO super compétent (Eduardo Calderón) qui développe aujourd’hui Enerfip en Espagne. Cette stabilité locale, dès le début, a été un vrai atout ! 

Mais comme dans tout lancement, il y a eu des obstacles. L’outil de financement utilisé en France – les obligations simples – n’était pas vraiment adapté au droit espagnol. Il a donc fallu s’adapter. Avec l’aide d’un cabinet juridique local, on a développé un nouvel outil spécifique : les “crowdbonds”, pensés pour coller aux exigences du pays. 

Comment Enerfip Iberia se positionne-t-elle par rapport aux autres acteurs du financement des EnR dans le pays ?

Eduardo : Très clairement, nous sommes aujourd’hui la solution la plus fiable et la plus solide sur le marché espagnol. Concrètement, nous sommes les seuls à pouvoir lever régulièrement plus d’1 million d’euros pour un projet. 

Notre modèle est vraiment pensé pour répondre aux besoins spécifiques du marché local. Là où certaines plateformes proposent de l’investissement en capital sur le long terme, nous, nous intervenons en bridge sur des durées plus courtes. C’est une réponse directe aux attentes des porteurs de projets espagnols qui ont souvent besoin d’un coup de pouce rapide. Nous jouons ce rôle d’accélérateur, là où d’autres proposent des formats plus rigides ou moins adaptés à cette phase critique du développement. En bref, notre approche est très différente des autres acteurs du secteur du crowdfunding. 

Quelles sont les particularités du marché espagnol des énergies renouvelables par rapport à la France ?

Benoit : En 1 mot : la taille. Le marché espagnol des énergies renouvelables est beaucoup plus vaste. Mais ce n’est pas qu’une question de volume ! Il y a aussi des différences structurelles importantes. En Espagne, les principaux défis concernent le raccordement au réseau, le stockage et la volatilité des prix, qui sont largement fixés par le marché. En France, nous sommes dans un modèle plus encadré, avec un rôle fort de l’État à travers des dispositifs de soutien comme les tarifs d’achat ou les contrats pour différence.

Vue de la Plaza de España à Madrid, mettant en avant un bâtiment historique et une statue équestre sur un socle, avec un ciel partiellement nuageux.

Le marché espagnol vous semble-t-il plus mature ou, au contraire, plus opportuniste que le marché français ?

Eduardo : Je dirais qu’il n’est pas encore totalement mature, mais il avance clairement dans la bonne direction. Je constate que les plateformes de financement participatif se sont d’abord tournées vers l’immobilier – c’est ce qui attire l’attention en premier. Mais, la transition énergétique arrive progressivement dans le paysage ! En effet, l’Espagne est l’un des pays les plus avancés d’Europe en la matière, juste derrière l’Allemagne. Notre potentiel est énorme, avec une capacité installée très forte en solaire, en éolien, mais aussi en biogaz et en hydrogène vert. Il y a encore beaucoup à faire, mais les bases sont solides !

Quels types de projets EnR sont les plus porteurs aujourd’hui en Espagne ?

Eduardo : En ce moment, nous voyons clairement émerger une vraie dynamique autour des smart grids, les réseaux intelligents. L’idée, c’est d’optimiser la production et la consommation de chaque installation. Nous avons une capacité installée déjà très importante en Espagne, mais le réseau électrique n’est pas encore capable de l’exploiter pleinement. Il y a donc un réel besoin de solutions de stockage pour équilibrer le système.

En quoi l’investissement responsable peut-il accélérer la transition énergétique en Espagne ?

Benoit : Il peut jouer un rôle déterminant. L’Espagne doit mobiliser des volumes très importants de capitaux pour réussir sa transition énergétique, mais à ce jour, le financement citoyen y reste très peu développé. Le système bancaire local privilégie généralement les projets de grande envergure, laissant de côté des initiatives plus modestes, pourtant indispensables. 

Ce sont justement ces projets à taille humaine – comme ceux que nous finançons chez Enerfip – qui permettent de mailler le territoire et d’accélérer concrètement la transition. C’est là que l’investissement citoyen prend tout son sens : il comble un vide, en fléchant l’épargne vers des projets utiles, concrets et durables.

Avez-vous identifié des autonomies particulièrement dynamiques en matière d’énergies renouvelables ?

Eduardo : En Espagne, le système est très décentralisé : les communautés autonomes ont beaucoup de pouvoir. Certaines, comme les Baléares, la Catalogne et la Navarre, ont déjà mis en place des cadres juridiques encourageants pour le développement de la transition énergétique. Ce ne sont pas encore des régulations nationales, mais ça montre une vraie volonté d’avancer.

Cela dit, cette répartition des compétences entre autonomie et État central peut aussi compliquer les choses. Les projets en dessous de 50 MW sont gérés localement, au-delà, c’est le gouvernement central qui prend le relais. Et ce fonctionnement à deux niveaux peut parfois entraîner des lourdeurs administratives.

Comment Enerfip accompagne-t-elle les investisseurs français qui souhaitent financer des projets espagnols ?

Benoit : Aujourd’hui, la majorité de nos investisseurs en Espagne sont en réalité… français (90 % environ) ! Nous faisons donc en sorte de leur simplifier au maximum l’accès à ces projets : tous les documents sont traduits, nous prenons le temps d’expliquer le fonctionnement du marché espagnol, les aspects fiscaux… En bref, nous accompagnons les investisseurs européens ! Le but, c’est que chacun puisse investir en toute confiance.

Les attentes des investisseurs espagnols diffèrent-elles de celles des investisseurs français ?

Eduardo : Oui, clairement ! Les investisseurs espagnols sont globalement moins sensibilisés aux questions de développement durable. Leur priorité, c’est avant tout la rentabilité : ils regardent le taux, la durée, le rendement. Les valeurs écologiques, l’impact environnemental ou social, ce n’est pas encore un critère déterminant pour eux. Nous sentons que ça évolue, mais nous ne sommes pas encore au même niveau de maturité qu’en France sur ce point.

Quels conseils donneriez-vous aux investisseurs souhaitant se positionner sur le marché espagnol des EnR ?

Benoit : Investir en Espagne est une excellente occasion de diversifier son portefeuille, tout en participant à la transition énergétique dans un pays en plein essor. L’Espagne regorge d’opportunités, et chez Enerfip, nous faisons tout pour les rendre accessibles et claires pour nos investisseurs.

Quelle ambition portez-vous en Espagne d’ici 3 à 5 ans ?

Eduardo : Notre ambition est claire et se décline en 3 axes. 

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